Faire un jeu d’un poème ou d’un poème un jeu (oui c’est un alexandrin)

Par Guillaume Lecaplain — 14 juillet 2018 à 19:09

«Libération» chronique régulièrement un jeu de société. Aujourd’hui, «Duodecim», des cartes qui permettent de composer des vers classiques sans y penser et en rigolant.julien

Illustration Marcus Moller Bitsch pour Libération

Ecrire un alexandrin, c’est fastoche, il suffit de savoir compter. Le jeu imaginé par l’acteur-poète Julien Marcland décomplexe tous ceux qui auraient peur de se frotter à la composition de vers. Le principe est très simple : des cartes affichent des valeurs de 1 à 5 qui correspondent à des mots (ou des groupes de mots) d’autant de syllabes. Il s’agit de les additionner pour arriver à 12 (le nombre de syllabes requis pour un alexandrin). La seule condition est que le vers ainsi formé soit à peu près grammaticalement cohérent, même si le sens est par ailleurs obscur. Si on n’arrive pas à cumuler 12 syllabes, on pioche. Et le premier qui n’a plus de cartes a gagné. Bref, Victor Hugo les doigts dans le nez. A Libération, en quelques minutes, le jeu a été adopté et quelques nouveaux chefs-d’œuvre de la littérature ont été composés :

«Pourquoi l’inconnu comprendra tes poésies»,
«Il ne faut pas courir bruyamment à minuit»,
«Diminuées tes mains croisées se sont perdues».

En réalité, le jeu est un peu plus subtil. Ainsi, chaque carte affiche deux propositions différentes. Par exemple, sur l’une d’elles qui possède la valeur 3, on peut choisir de jouer soit «sur le toit» soit «loin de toi». Sur une carte 4, «des sangliers» ou «les écureuils», etc. Et des cartes peuvent compter pour deux valeurs, si le «e» muet est prononcé ou pas, ou s’il y a diérèse. Il faudra donc quand même un peu se creuser la tête pour former une proposition poétique correcte.

Certains des mots des cartes sont issus de poèmes d’auteurs reconnus, de Ronsard à Prévert en passant par Catherine de Parthenay et Marceline Desbordes-Valmore. «Avec 200 cartes, on peut faire environ un milliard d’alexandrins grammaticalement corrects. Si tu fais dix vers par jour, et que tu joues tous les jours pendant 80 ans, tu en auras fait potentiellement 28 millions», s’enthousiasme Julien Marcland, qui avoue s’être inspiré du cadavre exquis des surréalistes comme de la poésie combinatoire à la Queneau des Cent Mille Milliards de poèmes. L’homme a imaginé Duodecim pour que des enfants puissent s’en emparer mais réserve aussi aux acharnés de la poésie des règles plus salées.

3 points par rime

Par exemple, si vos vers riment entre eux, vous rajoutez 3 points par rime, s’il y a césure à l’hémistiche, 3 points supplémentaires. On peut également, pourquoi pas, faire varier le jeu pour faire des octosyllabes ou des décasyllabes. C’est aussi pour cela qu’on aime ce jeu, pour la souplesse qu’il permet et les nouvelles règles qu’il donne à imaginer. En tout cas, pendant ce temps,

«Des animaux peureux sifflent sur le désert», tandis que

«Des volcans poilus se sont perdus en banlieue». Pourquoi pas.

Duodecim, éd. Play Factory, 29 euros.

 

 

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